Halte à la « Poutinite* »

*Poutinite : critique systématique et permanente de l’action du président Poutine (néologisme du JCR-Institut)

Je lis, j’entends, je vois des critiques acerbes contre Poutine sur l’affaire de l’Ukraine : soit.
Mais ne faut-il pas regarder la poutre que nous avons dans notre oeil?

La Russie : un pays enclavé

Je vous invite à comprendre (pas nécessairement accepter) le point de vue du patron du Kremlin en rappelant quelques incontournables ; la Russie est bloquée entre l’océan artique, l’Europe, des états en majorité musulmans, et l’Asie (essentiellement la Chine), d’où : 

  1. l’obsession de l’accès aux mers chaudes. Les seuls ports russes qui ne sont jamais bloqués par les glaces sont en Crimée (L’accès au port de Vladivostok n’est pas garanti toute l’année)
  2. le besoin quasi obsessionnel d’un glacis** protecteur au delà de ses frontières. Napoléon puis Hitler s’y sont embourbés, preuve de l’efficacité du dispositif,

Il faut aussi tenir compte d’une histoire toujours européenne et jamais démocratique ( la famille impériale russe était apparentée aux familles royales européennes). En outre, la Russie est essentiellement chrétienne et n’a jamais connu la liberté et les droits de l’homme.

 

Le casus belli de l’Ukraine

Ces 3 points éclairent à eux seuls la tension autour de l’affaire de l’Ukraine.
La chute de l’Union Soviétique a privé la Russie de son accès aux mers chaudes et de son glacis** protecteur alors que la zone des pays de l’OTAN n’a cessé de se rapprocher de la Russie ces 30 dernières années. Cette  frustration  s’est cristallisée autour de l’Ukraine en raison de ses ports de Crimée et de son souhait de rejoindre l’OTAN ce qui, pour la Russie, est totalement insupportable. En effet en pareil cas, la zone OTAN serait frontalière à la Russie dans sa totalité. (Le cas de la Géorgie est comparable)

Il y a mieux à faire avec la Russie

Faut-il crier haro sur Poutine? pas si sûr car ce dernier ne fait qu’incarner les intérêts les plus absolus de la Russie. Il est inutile de chercher à négocier avec lui ce qu’il ne peut pas négocier (comme l’accès de l’Ukraine dans l’OTAN). Inutile de chercher le drame auquel l’Europe n’est pas préparée. Désunie diplomatiquement et militairement, sans volonté affirmée, agissant au travers d’un OTAN qu’elle ne maîtrise pas, et tributaire du gaz russe, elle a perdu par avance la partie face à une Russie unie et dont la volonté est clairement exprimée. Peut-être serait-il plus judicieux de se focaliser sur les points qui nous rassemblent comme la lutte contre la Chine ou les pays musulmans comme la Turquie. Les tournées diplomatiques de notre bon président ne me semblent pas sérieuses.

Halte à la « poutinite »

Le président Poutine n’est pas libre de la politique étrangère de la Russie, il n’est que l’interprète d’une partition écrite par l’histoire et les intérêts essentiels de son pays. Certes, sa « fermeté » politique, maniant un peu la carotte et surtout le bâton, est critiquable. D’avantage de velours autour de la main de fer ne serait pas inutile, même si la démocratie est assez éloignée de l’histoire russe donc de sa culture. Il nous a fallu des siècles pour faire ce chemin, encore est-il fréquemment remis en cause, laissons à la Russie du temps pour y parvenir.

La Russie un pays hors normes (source wikipedia)

  • à cheval sur l’Europe et l’Asie la Russie est le plus vaste État de la planète, à cheval sur l’Asie du Nord (80 % de sa superficie) et sur l’Europe (20 %) soit 17 125 191 km2,
  • 78 % de ses habitants vivent en Europe
  • La Russie compterait en 2014, environ 77 % de croyants (dont 70 % de chrétiens).

** Glacis : zone de protection formée par des étatsplus ou moins dépendant militairement d’une autre puissance (déf. Larousse)

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12 réponses à Halte à la « Poutinite* »

  1. Cahuet dit :

    Voilà le commentaire d’un camarade qui a beaucoup travaillé avec eux dans le bizness :
     » Je pense qu’avec les Russes il faut montrer les muscles, mentir, être de mauvaise foi, ce que ne savent pas faire les pays dits démocratiques. Ils ne respectent que la force et les gens qui s’opposent. Pour moi, la diplomatie avec eux ne marche pas. En plus, tout ce qui est à l’Est de la Dniepr est Pro-Russe; ils sont donc en pays déjà « conquis » avant de le faire pratiquement, tôt ou tard ! ».

  2. Jean-Michel Marino dit :

    Je suis parfaitement d’accord avec tes commentaires. Je pense en outre que les Russes auraient dû faire les annexions évidentes (Crimee, Donbass…) au moment de l’effondrement de l’URSS. Les Occidentaux auraient aussi dû ensuite aider les Russes à s’ancrer définitivement comme européens dans la vision donnée à l’extérieur. Je les sens profondément désireux de cet apparentement.. Dommage
    aussi que Boris Elsine ait fait si mauvaise impression. Voir par ailleurs les remarques de Mme Carrere d’Encausse.

  3. Louis KOHN dit :

    Si je suis d’accord sur la récap historique de la Russie, je ne partage pas l’analyse des motivations de Poutine.

    Celui-ci veut faire perdurer un glacis coté Européen en cas d’agression. Mais, en 2022, quel pays a les moyens de le faire ? L’Allemagne ? Elle n’a plus d’armée digne de ce nom, seulement une force de défense ? La France ? Sans les USA, sa capacité logistique de projection ne dépasse pas la semaine . Le Royaume Uni ? Guère mieux

    Alors les USA ? N’ont jamais eu l’intention d’entrer dans l’espace Russe. Poutine devrait plutôt se garder de la Chine, qui est autrement plus inquiétante dans sa volonté d’hégémonie, même si pour l’instant elle affiche une entente cordiale avec la Russie …

  4. PM dit :

    Du temps de Boris Eltsine, les voisins de la Russie ne la détestaient pas. C’est notamment la responsabilité de Vladimir Poutine d’être maintenant détesté. L’encerclement supposé de la Russie, symbolisé par l’Ukraine est une blague si on regarde la carte et même si on croit à cette peur de l’encerclement, le danger vient de la Chine qui concrètement sur le terrain envahit par ses citoyens les villes frontières avec la Russie.
    Ce que Poutine ne supporte pas en Ukraine, c’est que c’est le seul pays de l’ex URSS où l’alternance politique a eu lieu plusieurs fois et par ailleurs, le fait que les Ukrainiens cèdent peu à peu au « modèle » occidental de vie n’est pas supportable pour Poutine dont la population est déjà en partie inféodée à ce modèle via les Gafam.
    Par ailleurs, avoir un ennemi extérieur, comme nous en avons un intérieur, permet de détourner les yeux de la situation économique et du bilan de VP en la matière, bilan nul.

    • jean-Claude RUSSIER dit :

      Bien sur, au lieu de titiller la Russie avec l’Ukraine, nous ferions mieux d’avoir un regard vers la Chine, sans oublier les pays en « Stan » et la Turquie;
      Bien sur aussi que les pb de politique intérieur sont souvent masqués par des rodomontades en politique extérieure.
      N’empêche que nous rentrons dans le jeu (naiveté?)

  5. Maurice JACOB dit :

    Jean-Claude merci pour cette présentation qui permet de relativiser la réflexion d’un béotien en matière de politique internationale et qui se contentait d’écouter les données fournies par les médias traditionnels.
    Cela m’a permis de m’enrichir quant à l’approfondissement de mes connaissances et de mes réflexions.

  6. Alain Gary-Bobo dit :

    le Général De Gaulle avait fait sortir la France de l’O.T.A.N…….le président Sarkozy l’y a réintégrée…..le président Poutine veut garder ses accès à la mer « chaude » et ne peut pas accepter l’avancée de l’O.T.A.N. en Ukraine ; de plus il a tout intérêt à obtenir une autodétermination pour le DONBASS qui veut depuis longtemps être rattaché à la Russie.
    Sa logique est imparable …. le « catastrophisme » organisé des dirigeants actuels U.S. n’est pas du tout logique et ne sert pas la cause Européenne !!! une Ukraine européenne mais un Donbass russe et sans nouvelles bases de l’O.T.A.N. Et si la France (et quelques autres ???) sortaient à nouveau de l’O.T.A.N.? Par contre , pourquoi dénigrer les efforts diplomatiques du Président Macron ?
    Inutiles peut être bien mais pourquoi « pas sérieux « ? La « chaise vide » serait mieux ?

  7. Jean-Michel MARINO dit :

    Il est intéressant de voir que le conflit porte sur des symboles, le Donbass a hérité d’une industrie lourde assez dépassée, et l’Etat qui le revendique doit en assumer les coûts et la réhabilitation environnementale.

  8. MOREAU ALAIN dit :

    Content de voir JCR  »revenir aux affaires » preuve qu’il retrouve un peu de quiétude. Content aussi de lire ce message qui incite comme les précédents à la réflexion. Voici la mienne :
    – Ok pour la zone tampon. Les USA de Kennedy n’ont pas accepté des missiles à Cuba.
    – Une précision à propos des ports. Lors de la dislocation de l’Union soviétique, la Russie n’a conservé quatre ports de la mer Noire, dont Novorossiisk, qui devient le seul port généraliste en eau profonde de la Russie au bord de la mer Noire et de fait la principale base navale de la flotte de la mer Noire en territoire russe. Privatisé en 1992, il est modernisé et développé. En 2007, avec un trafic de 113,4 millions de tonnes, Novorossiisk reste, de loin, le premier port de Russie.
    – Le climat y est très clément :
    température annuelle moyenne 12,6 ° C
    la température moyenne du mois le plus froid (janvier): 2,3 ° C
    Température moyenne du mois le plus chaud (juillet): 23,7 ° C.
    Pas de quoi geler l’eau salée.
    Les causes de l’annexion de la Crimée ne sont donc pas géographiques liées à la recherche de ports hors gel.

    • jean-Claude RUSSIER dit :

      Tout à fait d’accord, j’observe cependant que Vladivostok est trés loin de Moscou, qu’il concerne la flotte du pacifique et qu’il n’est pas réputé pour son climat qui peut flirter avec les -30°C et les brouillards fréquents (1j sur 3 environ). La navigation n’y est pas toujours commode.

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